Hé non, le yéyé n'a pas passé l'arme à gauche, me revoilà en bonne et difforme pour vous déculotter quelques recettes qui, je l'espère, égaillerons vos gamelles.

Le printemps radieux n'amène pas que ses parfums floraux dont vous vous farcissez sans doute autant le blaze que moi, il y a aussi la cueillette gourmande dont il serait d'autant plus dommage de se priver que la nature nous y invite sans demander la moindre thune.

La gratuité et les vraies choses ne sont plus trop dans l'air du temps, alors courez en forêt pour voir si vous y êtes !

Depuis quelques semaines, les narines aiguisées auront remarqué un appétissant fumet d'ail dans l'air dans certaines zones de la forêt, ça n'a rien d'une berlue olfactive puisqu'il s'agit de l'ail d'ours, une plante alliacée dont les feuilles qui ressemblent à celles du muguet ont le goût de leur parfum.

La souplette dont la recette est présentée ici (http://yeyelemeunier.canalblog.com/archives/2007/05/07/4866286.html) n'est pas la seule façon d'accomoder cette généreuse plante qui s'entend particulièrement bien avec des saveurs montagnardes je trouve.

Aujourd'hui, je vous propose un hybride italo-suisse, un détournement du sacro-saint pesto auquel j'ai eu envie de donner un tempérament hélvète.

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Pour le quart d'heure américain, on repassera, mais qu'est-ce que c'est boooon...

Après avoir batifolé dans les bois quelques minutes, on revient avec un sac rempli de feuilles d'ail d'ours et de quelques fleurs.
Une bonne douche là dessus (pas vous, les feuilles, enfin si ça vous a vraiment fait transpirer, vous pouvez en prendre une aussi) histoire d'écarter toute contamination potentielle, surtout dans les zones peuplées de renards, et on peut essorer comme de la salade avant de ciseler grossièrement aux ciseaux.

Les ceusses qui disposent d'un mortier peuvent écraser les feuilles au pilon avec un trait d'huile de noix , et les ceusses qui n'en ont pas ajouteront quelques grammes d'imagination à la recette en utilisant une bouteille de verre et une planche à couper ou tout autre ustensile approprié pour cette opération nécessaire à l'expression totale des parfums de l'ail.
Il ne s'agit pas d'être radin (c'est gratos je vous répète), car une fois écrasées, les feuilles tiennent dans un verre ou deux.

Si tout va comme y faut, on se retrouve avec un galimatia verdâtre d'où un jus non moins verdâtre s'écoule.
Mélangeons tout ça avec une cuillère à café de crème liquide, une autre de moutarde à l'ancienne, une gousse d'ail râpé, un tour de poivre, du sel, une petite poignée de noix et de noisettes concassées (pas en poudre, j'ai dit concassées), et un verre d'Appenzeller râpé.

On mélange, on goûte, on rectifie, et on range cependant que les pâtes cuisent.
Les pennes complètes m'ont semblé vachement appropriées pour cette recette, surtout si vous vous donnez la peine de les remettre un peu sur le feu avec un verre de vin blanc après les avoir égouttées.

On ne lambine surtout pas: le pesto doit immédiatement être mélangé aux pâtes afin de faire fondre le fromage qu'il contient, c'est donc du pesto presto (ouais elle est facile, je l'ai rachetée d'occase à un italien) qu'on se grouille de servir dans les assiettes qu'on décorera avec quelques fleurs d'ail d'ours parsemées ça et là.